Introduction : ne pas ignorer la fiscalité
Je sais que c'est pas sexy comme sujet. Mais je vais être très clair : si tu fais du MLM et tu ne déclares pas tes revenus, tu prends un risque énorme. Et ce risque, c'est jamais "oh je me ferai juste rattraper et je paierai des dettes". C'est "inspection, amendes, possibles poursuites pénales".
Je vais simplifier au maximum. Je ne suis pas expert-comptable, mais je vais te montrer ce qu'il faut que tu saches pour rester à couvert.
Le statut recommandé : micro-entrepreneur (autoentrepreneur)
Si tu fais du MLM et tu veux garder les choses simples, micro-entrepreneur c'est presque toujours le meilleur statut pour commencer.
Pourquoi :
- C'est gratuit à créer (URSSAF en ligne)
- Très simple à gérer — tu declares juste tes revenus mensuels/trimestriels
- Pas besoin de comptable (au début)
- Responsabilité limitée si tu fais une grosse erreur
Comment s'inscrire : Va sur le site autoentrepreneur.urssaf.fr et inscris-toi. C'est très rapide. Tu auras un numéro SIRET et tu peux commencer à facturer.
Les plafonds micro-entrepreneur (2026) :
- Prestations de services et MLM : maximum 83 600€ de chiffre d'affaires annuel (2026)
- Si tu dépasses ça, tu passes obligatoirement en "réel"
Important : Une fois que tu as dépassé le seuil, tu ne peux plus revenir au micro-entrepreneur l'année d'après. Tu dois rester en réel (au moins 2 ans). Donc surveille tes chiffres.
BNC ou BIC ? Quelle catégorie fiscale ?
Là, ça devient un peu technique, mais c'est important. Il y a deux catégories pour les revenus du MLM :
BNC (Bénéfices Non Commerciaux) — à utiliser en général
C'est pour les commissions que tu touches en tant que distributeur MLM. Généralement, c'est ça qui s'applique. En micro-entrepreneur, le taux URSSAF est un taux forfaitaire appliqué directement sur le chiffre d'affaires (voir ci-dessous). Au régime réel (si tu dépasses le plafond), les cotisations TNS représentent environ 40-45% du bénéfice net.
BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux) — parfois
C'est si tu achètes du stock que tu revends avec une marge. C'est moins courant mais ça peut s'appliquer. Au régime réel, les cotisations TNS sont autour de 40-42% du bénéfice net.
La distinction dépend vraiment de ta situation. En doute, va voir un expert-comptable — c'est pas cher pour une simple consultation.
Les charges et cotisations sociales
C'est la partie qui fait mal. Si tu fais 10 000€ de chiffre d'affaires en MLM, tu ne vas pas en garder 10 000€ net.
Le taux URSSAF micro-entrepreneur BNC (2026) : 25,6% du chiffre d'affaires
Attention à la confusion fréquente : en micro-entrepreneur, les cotisations sociales se calculent sur le chiffre d'affaires brut, pas sur le bénéfice. C'est simple mais ça change tout.
Exemple concret (micro-entrepreneur BNC) :
- Chiffre d'affaires : 10 000€
- Cotisations URSSAF (25,6% du CA) : -2 560€
- Base imposable IR (abattement 34% du CA) : 6 600€
- Impôt sur le revenu (variable selon ta tranche) : -500€ à -1 500€
- Ce que tu gardes réellement : environ 6 000€ à 7 000€
Option versement libératoire : Si tu optes pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu (accessible sous conditions de revenus), l'URSSAF collecte cotisations + impôt en une seule fois. Le taux global passe alors à 27,8% du CA — tout inclus, sans surprise à la déclaration.
Attention : cet exemple est simplifié. Les vrais chiffres dépendent de ton autre revenu (si tu as un salaire par ailleurs), de ta situation familiale, etc.
Rappel des taux 2026 selon l'activité :
- Micro-entrepreneur BNC (commissions MLM) : 25,6% du chiffre d'affaires
- Micro-entrepreneur BIC (vente de marchandises) : 12,3% du CA
- Micro-entrepreneur BIC (prestations de services commerciales) : 21,2% du CA
- Régime réel BNC (TNS) : environ 40-45% du bénéfice net
Source : URSSAF / autoentrepreneur.urssaf.fr — taux applicables au 1er janvier 2026.
TVA : quand ça s'applique et quand non
Si tu es micro-entrepreneur, tu es en franchise de TVA. Ça veut dire :
- Tu ne facturas pas de TVA
- Tu ne récupères pas la TVA sur tes achats
- C'est plus simple à gérer
Mais si tu dépasses les seuils et tu passes au régime réel, tu entreras dans le système TVA classique. Là, ça devient plus compliqué (déclaration mensuelle/trimestrielle de TVA, etc.). C'est un autre bon signal pour consulter un expert-comptable.
Le portage salarial : une alternative à connaître
Le portage salarial est une option que peu de distributeurs MLM connaissent, mais qui peut être pertinente — à condition de bien comprendre le cadre légal et les vrais coûts.
Le principe : Tu signes un contrat (CDI ou CDD) avec une société de portage salarial. Tu continues à travailler en indépendant (tu trouves tes clients, tu développes ton réseau), mais c'est la société de portage qui encaisse tes commissions et te verse un salaire. Tu as alors le statut de salarié porté.
⚠️ Point juridique important : Le portage salarial est encadré par les articles L1254-1 à L1254-31 du Code du travail (ordonnance n°2015-380 du 2 avril 2015). Il est réservé aux prestations de services — l'achat-revente de produits physiques est interdit. Concrètement : si ton MLM implique d'acheter du stock pour le revendre, le portage salarial n'est pas compatible. En revanche, pour un MLM basé sur des services (voyage, énergie, etc.) où tu touches des commissions sur des abonnements sans revendre de produit physique, le portage peut fonctionner. Vérifie toujours la compatibilité avec ta société de portage et ton entreprise MLM.
Les avantages — et ils sont réels :
- Assurance chômage (ARE) : tu cotises comme un salarié. Pour y avoir droit, il faut 130 jours travaillés ou 910 heures sur les 24 derniers mois, et une fin involontaire du contrat (art. L5422-1 du Code du travail)
- Retraite du régime général : affiliation à la CARSAT + AGIRC-ARRCO pour la complémentaire, exactement comme un salarié classique
- Mutuelle obligatoire : la société de portage doit fournir une complémentaire santé et en prendre en charge au minimum 50% (ANI du 11 janvier 2013)
- Fiche de paie mensuelle : un vrai atout pour un dossier de crédit immobilier — les banques traitent le CDI en portage comme un CDI classique
- Pas besoin de créer de structure juridique
Les coûts réels — soyons transparents :
- Frais de gestion de la société de portage : entre 5% et 10% du CA HT
- Charges patronales (~35-40% du CA après frais) + charges salariales (~23-25% du brut)
- Résultat net : sur 100€ de CA, il te reste environ 45€ à 55€ net — c'est significativement plus cher qu'en micro-entrepreneur (où tu gardes ~74€ net sur 100€ en BNC)
- RMBT (Rémunération Minimum Brute Totale) : environ 2 943€ brut/mois en 2025 (75% du PMSS selon la convention collective IDCC n°3219). Il faut donc un CA suffisant pour atteindre ce minimum
Et la CSG ?
Si ton MLM te paie depuis l'étranger (ce qui est fréquent — beaucoup de sociétés MLM sont basées aux USA ou à l'international), la société de portage encaisse les fonds, puis te verse un salaire français. La CSG et la CRDS sont prélevées sur ton salaire par la société de portage, comme pour tout salarié en France. C'est quand l'argent est transformé en salaire français que les prélèvements sociaux s'appliquent — c'est la société de portage qui gère tout ça pour toi.
Portage salarial ou micro-entrepreneur ? Le choix dépend de tes priorités. Le micro-entrepreneur est moins cher (tu gardes ~74% du CA) mais sans protection chômage ni retraite du régime général. Le portage coûte plus cher (~45-55% net) mais t'offre une protection sociale complète de salarié. Si la fiche de paie, le chômage et la retraite sont importants pour toi, et que tes revenus MLM sont suffisamment réguliers, le portage vaut le coût supplémentaire.
Les erreurs à éviter absolument
Erreur 1 : Ne pas déclarer "parce que c'est petit"
L'administration le découvrira. Peut-être pas tout de suite, mais les données des MLM remontent parfois. Et l'amende sera plus grosse que si tu avais déclaré dès le début.
Erreur 2 : Mélanger ton compte perso et pro
Ouvre un compte bancaire dédié au MLM. Ça simplifie ton suivi et ça te protège juridiquement. De plus, ça facilite les vérifications en cas de contrôle.
Erreur 3 : Confondre micro-entrepreneur et régime réel pour les déductions
Attention, c'est une erreur très courante : en micro-entrepreneur, tu ne peux PAS déduire tes frais réels. L'abattement forfaitaire de 34% (pour les BNC) remplace toute déduction. Ça veut dire que même si tu as 2 000€ de frais réels, tu ne peux pas les soustraire — l'administration applique 34% de manière automatique.
Si tes frais réels sont supérieurs à 34% de ton CA (transport, formations, marketing, abonnements, etc.), le régime réel peut devenir plus intéressant car tu peux alors déduire tes dépenses réelles :
- Frais de transport pour les réunions et prospection
- Fournitures marketing (cartes, flyers, etc.)
- Frais d'abonnement (téléphone pro, internet si usage pro)
- Formations professionnelles
- Frais bancaires du compte professionnel
Dans tous les cas, garde tous tes justificatifs — même en micro. Si tu passes au réel un jour, tu seras content de les avoir. Source : service-public.fr — Régime fiscal de la micro-entreprise.
Erreur 4 : Penser que tu peux tout écrire
Non. Le café que tu prends à la maison ne compte pas. Ton téléphone personnel à 100% ne compte pas. Sois raisonnable. L'administration n'aime pas les abus et ça peut te créer des problèmes.
Le conseil pratique : comment bien faire
🔍 Avant de t'engager, pose les bonnes questions
C'est le conseil que je donne systématiquement : avant de rejoindre un MLM et de créer ta structure juridique, prends le temps de te renseigner sur ta situation fiscale personnelle. Chaque profil est différent — tu peux être salarié, fonctionnaire, déjà micro-entrepreneur sur une autre activité, ou encore avoir un conjoint dont les revenus impactent ta tranche d'imposition. Ne pas le faire avant de commencer, c'est risquer des mauvaises surprises (un complément d'impôt inattendu, un conflit avec ton employeur, ou une incompatibilité de statut).
Deux ressources gratuites pour démarrer : le site impots.gouv.fr et la ligne téléphonique de l'URSSAF (3698). Et si tu as le moindre doute, une heure avec un expert-comptable coûte 80 à 150€ et peut t'éviter des années de galère administrative.
1. Dès ton premier euro de revenu MLM :
- Crée une micro-entreprise (5 minutes sur urssaf.fr)
- Ouvre un compte bancaire dédié
- Commence un journal simple (Excel c'est bon) : date, montant, description, type (vente ou commission d'équipe)
2. Chaque mois :
- Déclare ton chiffre d'affaires du mois auprès de l'URSSAF (en ligne, gratuit)
- Classe tes dépenses (transport, fournitures, formations, etc.)
- Note tout — même les petits trucs. Ça s'accumule
3. Si tes revenus dépassent 500€/mois :
- Consulte un expert-comptable (environ 300-600€/an)
- Il te fera des déclarations propres et optimisées
- Tu auras moins de stress en cas de contrôle
4. À la déclaration d'impôts annuelle :
- Déclare tout sur ta déclaration de revenus (formulaire 2042)
- La ligne "revenus non salariés" ou "bénéfices" selon ton régime
- Prépare tes justificatifs en cas de vérification
Disclaimer important : Cet article est informatif et basé sur le régime fiscal français 2026. Pour ta situation spécifique, je te recommande vivement de consulter un expert-comptable ou de te renseigner sur le site officiel impots.gouv.fr. Les règles changent parfois et chaque situation est unique.
Oui, absolument. Il n'y a pas de minimum légal pour déclarer les revenus non-salariés. Si tu gagnes 100€ ou 10 000€, tu dois déclarer. C'est l'obligation légale.
Un expert-comptable gère tes déclarations fiscales et sociales professionnellement. Tu lui donnes tes justificatifs, il optimise tout pour minimiser tes impôts et cotisations légalement. C'est très utile si tu as des revenus plus importants (500€+/mois). Coût : 300-800€/an généralement.
L'administration peut te réclamer les impôts + des pénalités + des intérêts de retard. Si elle découvre que c'était volontaire, tu peux être poursuivi pénalement. C'est pas une question "si" mais "quand" — les données finissent toujours par refaire surface. Mieux vaut déclarer.
📚 Sources officielles
- URSSAF — Taux de cotisations auto-entrepreneur 2026
- autoentrepreneur.urssaf.fr — L'essentiel du statut
- economie.gouv.fr — Cotisations sociales micro-entreprise
- Service-public.fr — Cotisations sociales micro-entrepreneur
- Service-public.fr — Portage salarial : conditions et fonctionnement
- Légifrance — Code du travail, articles L1254-1 à L1254-31 (portage salarial)
- Service-public.fr — Régime fiscal de la micro-entreprise (abattement BNC)
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